Présentation

Texte libre

La Méthode Feldenkrais, du nom de son fondateur, Moshé Feldenkrais (1904-1984), physicien, passionné de judo, est une méthode qui prend pour fondement que ce qui caractérise le vivant, c'est le mouvement.

Le choix est donc d'utiliser le mouvement comme porte d'entrée de la connaissance de soi, moyen de réactiver des schémas de mouvement oubliés, de stimuler le sens kinesthésique et ainsi obtenir des modifications dans la perception de soi, la conscience, éveillée par des propositions inhabituelles, devenant plus aiguisée au fil des expériences proposées.

Elle se pratique en groupe sous la forme de leçons de "Prise de conscience par le mouvement" (PCM), ou individuellement dans des leçons d'"Intégration fonctrionnelle" (IF), le plus souvent guidées par la main de l'enseignant.

Les mouvements proposés sont le plus souvent simples, faciles à exécuter, effectués avec le minimum d'effort. Ils peuvent se faire en position allongée (position la plus fréquemment proposée pour éveiller un rapport différent à la gravité), mais aussi en position assise au sol ou sur des chaises, debout... Ils s'adressent à toute personne qui désire maintenir, trouver ou retrouver une aisance de sa gestuelle.

La Méthode Feldenkrais trouve des applications intéressantes dans le domaine de la santé, de la prévention, des arts de la scène (théâtre, danse, musique). Elle n'est pas une thérapie mais un enseignement. Quel que soit son domaine d'application elle s'avère bénéfique, y compris en complément de traitements médicaux, dans l'accompagnement de la grossesse, des troubles physiques et psychologiques liés à l'organisation de la vie contemporaine, sans pour autant dévier de son cadre non thérapeutique (les effets thérapiques enregistrés parfois sont alors considérés comme des phénomènes émergents, liés à la réorganisation de la personne dans ses shémas de mouvement).

La Méthode Feldenkrais, avec d'autres méthodes apparues au fil du XXème siècle (Alexander, Eutonie, Gymnastique holistique, Rolfing, Pilates, Bertherat, Méthode des cuirasses de Marie-Lise Labonté, etc...), fait partie d'un champ émergent que les québecois ont appelé l'éducation somatique (un DESS d'éducation somatique est d'ailleurs proposé au département de danse de l'université de Montréal).

Manosque, 24 juillet 2006

Xavier Lainé

 

Agenda

Vous voulez participer, vous inscrire, demander des renseignements plus détaillés: téléphonez au 00 33 (0)4 92 72 54 81, ou contactez moi par courriel: xavier.laine081@orange.fr , ou, si vous souhaitez recevoir des informations régulières sur les mises à jour de ce site, abonnez-vous à la newsletter.


- Leçons hebdomadaires: elles auront lieu, de septembre à juin, le lundi de 9h à 10h et de 10h15 à 11h15 et le vendredi de 18h45 à 19h45, Cabinet de kinésithérapie, ostéopathie et éducation somatique Val de Durance, 94 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny 04100 Manosque; le mardi de 18h30 à 19h30 Salle Saint Raymond, impasse des Lilas 04100 Manosque, le mercredi de 8h30 à 9h30, salle polyvalente de Saint-Maime (04) avec l'association CERAMTC , les séances du vendredi, Salle Léon Espariat à Forcalquier (04) avec l'association Ensemble et différent , sont transférées à Manosque, cabinet de kinésithérapie, ostéopathie et éducation somatique Val de Durance à compter du 14 décembre 2007.

Planning 2007-2008:

- Cours du lundi matin: 10, 17, 24 septembre 2007; 1, 8, 15, 22 octobre 2007; 12, 19, 26 novembre 2007; 3, 10, 17 décembre 2007; 14, 21, 28 janvier 2008; 4, 25 février 2008; 3, 10, 17, 31 mars 2008; 21, 28 avril 2008; 5, 19, 26 mai 2008; 16, 23 juin 2008

- Cours du mardi soir: 11, 18, 25 septembre 2007; 2, 9, 16, 23 octobre 2007; 13, 20, 27 novembre 2007; 4, 11, 18, décembre 2007; 15, 22, 29 janvier 2008; 5, 26 février 2008; 4, 11, 18 mars 2008; 1, 22, 29 avril 2008; 6, 20, 27 mai 2008; 17, 24 juin 2008

- Cours du mercredi matin: 12, 19, 26 septembre 2007, 3, 10, 17, 24 octobre 2007; 14, 21, 28 novembre 2007; 5, 12, 19 décembre 2007; 16, 23, 30 janvier 2008; 6, 27 février 2008; 5, 12, 19 mars 2008; 2, 23, 30 avril 2008; 7, 21, 28 mai 2008; 18, 25 juin 2008

- Cours du vendredi soir: 14, 21, 28 septembre 2007; 5, 12, 19, 26 octobre 2007; 16, 23, 30 novembre 2007; 7, 14, 21 décembre 2007; 18, 25 janvier 2008; 1, 8, 21 février 2008; 7, 14, 21 mars 2008; 4, 25 avril 2008; 2, 9, 23, 30 mai 2008; 20, 27 juin 2008

- Ateliers du samedi matin: à Manosque 04100, Centre chorégraphique de Haute Provence, rue des Tourelles, un samedi par mois de octobre à juin, de 9h30 à 12h, reprise des ateliers le samedi 8 septembre 2007.

Planning 2007-2008: 8 septembre, 6 octobre, 10 novembre, 15 décembre 2007; 12 janvier, 2 février, 1 mars, 26 avril, 17 mai, 14 juin 2008


- Feldenkrais et communication sans violence, Stage reporté à une date ultérieure


- Mini-stages
, entre le 14 juillet et le 15 août 2008, à raison de deux soirées de deux heures par semaine: "Vivre debout", une découverte de la dynamique de la station debout à Manosque (voir article ci-joint).

- Stage de week-end: "Traces du corps", Graphismes et Méthode Feldenkrais, séminaire de week-end, se tiendra les 11 et 12 octobre 2008, en résidence au Mas du Figuier, commune de Bevons (04) dans la vallée du Jabron, coanimé par Xavier Lainé, praticien Feldenkrais et Michèle Durand, plasticienne, il croisera des leçons Feldenkrais et l'expression graphique du ressenti et de la trace, du samedi 9h30 au dimanche 16h. Plus d'informations à venir, les réservations peuvent se faire par téléphone au 0492725481, ou par courriel:
xavier.laine081@orange.fr, et pour l'hébergement auprès du Mas du figuier: tel 0492628128 et à partir du site www.guideprovence.com/gites/masdufiguier/ .


- Stages longue-durée:

Une immersion dans le mouvement, sur l'Île d'Oléron: devant le succès du stage 2008, deux stages seront proposés pendant les vacances de Pâques 2009, plus d'informations prochainement.

Une marche harmonieuse pour mieux découvrir le monde naturel (Feldenkrais et randonnée), VVF de Ceillac (05), Stage renvoyé du 4 au 11 juillet 2009 (inscriptions avant février 2009).

- Leçons individuelles d'Intégration Fonctionnelle: sur rendez-vous, Cabinet de Kinésithérapie, Ostéopathie et éducation somatique Val de Durance, 94 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny 04100 Manosque, tel 0492725481

 

Praticiens des Alpes du sud

Andrée-Jeanne Gonfard, Gap (05) www.feldenkraisalpes.com

Lucienne Blanchard, Digne (04)

Xavier Lainé, Manosque (04)

Etudiant(e)s autorisés à enseigner la Prise de conscience par le mouvement

Blanche Bibaut, Saint-Maime (04)

Annabelle Guy, Sisteron (04)

 

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Un espace pour l'enseignement et la recherche

Conscience en mouvement est un espace consacré à l'éducation somatique et en particulier à la pratique de la Méthode Feldenkrais. Il voudrait être un lieu de recherche et d'enseignement dans ce champ émergent depuis le milieu du XXème siècle.

Espace d'enseignement: vous trouverez ici tous les renseignements utiles concernant les stages, séminaires, leçons hebdomadaires, ateliers proposés sur Manosque et ses environs.

Espace de recherche: la pratique est une porte d'entrée passionnante qui ouvre les portes de la connaissance et de la curiosité. Depuis quelques années, celle-ci m'a incité à pousser mes recherches dans les domaines des sciences cognitives, de la neurophysiologie, de la philosophie, de la psychologie, des orientations différentes de la psychanalyse. J'espère pouvoir communiquer ici le fruit de ces recherches, des convergences nées au gré de mes lectures et de leur rencontre avec mon enseignement.

Espace d'échange: vos demandes, vos questionnements, vos pistes de recherche seront les bienvenues car c'est de la mise en mouvement de nos passions que nous pourront nourrir notre prise de conscience d'appartenir à une humanité en évolution vers son propre devenir.

Manosque, 23 juillet 2006

Xavier Lainé

 

 

 

Stages d’été en soirée de la Méthode Feldenkrais

 a Manosque

 

 

 

De la difficulté à se tenir debout à la découverte d’une station debout souple et dynamique, capable de nous permettre toutes les explorations dans l’espace qui est le nôtre, nous partirons en huit soirée dans l’exploration fine de cette station si particulière à l’espèce humaine, sans laquelle nos développements cognitifs, sensoriels, affectifs ou psychiques n’auraient jamais été, sans doute ce qu’ils sont.Nous partirons à la découverte d’un rapport harmonieux à la gravité favorable à une marche plus légère, libérant notre regard des tensions internes inutiles, ouvrant des capacités d’appréciation et de création renouvelés.

 

 

Quatre sessions de deux soirées modulables

 

Première session: Mardi 15, vendredi 18 juillet 2008

 

Deuxième session: Mardi 22, vendredi 25 juillet 2008

 

Troisième session: Mardi 29 juillet, vendredi 1er août 2008

 

Quatrième session: mardi 5, vendredi 8 août 2008

 

(Possiblité de moduler votre participation en fonction de vos impératifs personnels)

 

Lieu: Centre chorégraphique de Haute Provence, rue des Tourelles, 04100 Manosque

 

Horaires: de 18h à 20h

 

Renseignements et inscriptions: Xavier Lainé, 94 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny, 04100 Manosque, tel 0492725481, courriel: xavier.laine081@orange.fr, site internet: www.conscience-en-mouvement.com

 

 

Intervenant: Xavier Lainé, Praticien Feldenkrais certifié, Membre de l’association Feldenkrais France.

Masseur-Kinésithérapeute depuis 1981, écrivain, fondateur de l’Itinéraire des poètes et de la revue “22 (Montée) des poètes”, a travaillé comme musicien, comédien, suit  un cursus de formation à l’art lyrique à l’Ecole Nationale de Musique, d’Art dramatique et de Danse des Alpes de Haute-Provence, passionné par l’humain, s’est formé à la Méthode Feldenkrais d’octobre 2000 à août 2004 à Liège (Belgique) auprès de Yvan Joly, Jerry Karzen, Larry Goldfarb, Myriam et Sabine Pfeffer, Mara Della Pergola, François Combeau. A poursuivi son exploration auprès d’Yvan Joly à Lyon en second cycle de perfectionnement puis avec Larry Goldfarb à Paris en masterclass. Il poursuit ses recherches tant sur le plan scientifique, psychologique que philosophique à travers de multiples lectures qu’il met en résonance avec le domaine émergent de l’éducation somatique. Participe à différents forums et poursuit  quotidiennement son propre apprentissage.

 

Prix:

-          La soirée: 30

-          La session de deux soirées: 50€

-          Deux sessions ou quatre soirées: 90€

-          Trois sessions: 130€

-          Les quatres sessions: 170€

(10€ d’arrhes à l’inscription, remboursés en cas d'annulation par l’organisateur quinze jours avant le début de la session; seules les inscriptions accompagnées du chèque seront enregistrées).

 

Attention:

-          Groupes limités à 15 personnes; les inscriptions seront prises chronologiquement, les dernières bénéficieront des défections éventuelles.

-          Emmener tapis, serviettes, coussins et tenues amples pour votre confort.

A propos de Kant : Ecrits sur le corps et l’esprit, éditions Garnier Flammarion

 

C’est un Kant vieillissant qui écrit sur le corps et l’esprit. Est-ce ce défaut (s’il en est un) qui rendît ces ultimes pensées intraduisibles, même dans l’édition de la Pléiade des œuvres du maître de l’université de Königsberg ?

Pas uniquement puisque certains textes ici rassemblés pour la première fois en français et publiés en janvier 2007 (mieux vaut tard que jamais), sont des réflexions de l’âge mûr (1764).

On pourrait penser pourtant à lire ces œuvres qu’elles furent la colonne vertébrale d’un homme dont toute la vie s’orienta vers la quête philosophique. S’il faut attendre 1797 pour voir poindre sa réflexion sur « le pouvoir mental d’être maître de ses sentiments maladifs par sa seule résolution », dès 1786, Kant livre un texte sur « la médecine du corps qui est du ressort des philosophes », et, en 1797 il propose un manuscrit sur la diététique.

On le voit, le philosophe ne peut s’éloigner bien longtemps de ses propres contingences corporelles…

 

Quoi ? Kant, le philosophe de la raison, en plein siècle des Lumières, à l’heure du triomphe de l’esprit dominant, se poserait la question d’un pragmatisme philosophique impliquant pour celui qui l’exerce, la nécessité impérieuse d’une praxis indissociable de toute réflexion philosophique ?

Dès sa présentation, son traducteur, Grégoire Chamayou, nous l’affirme : « Au moment même où la philosophie proclame l’autonomie de la raison, les philosophes des Lumières dressent un constat amer qui peut se résumer comme suit : la raison rend malade. Existence sédentaire, vie recluse dans un cabinet d’étude, sans air, ni lumière, sans exercices corporels : la philosophie comme manière de vivre, c’est d’abord une manière de se rendre malade. » On est loin de l’enseignement des philosophes de la Grèce antique qui inculquaient à leurs disciples la nécessité d’allier la réflexion à une pratique corporelle intense par la fréquentation régulière des gymnases…

Et pourtant, l’étude philosophique du XVIIème au XXème siècle n’aura d’autres soucis que de se dégager du corporel. Et même si, à travers la phénoménologie, le corps retrouve une place, c’est plus comme objet d’étude extérieur au philosophe que comme médium d’une praxis philosophique qui puisse être un art de vivre.

Grégoire Chamayou met alors le doigt sur la plaie: cette dissociation corps/esprit fût bien commode pour imposer une médecine qui ne se préoccupe que de cet objet sans âme, celle-ci restant l’apanage des philosophes ou des théologiens.

Car, à se couper de sa réalité somatique, le philosophe, cultivant les voies de la raison, prend le risque de s’en rendre malade : « si le premier danger est de sombrer dans la maladie, le second, est de devoir s’en remettre, pour la conduite de sa vie, aux prescriptions des médecins. Le problème est alors celui de la médicalisation de l’art de vivre, de la délégation au pouvoir médical de la conduite de sa vie. » Nous y voici, et le type de développement de ce pouvoir médical tel qu’il s’est opéré dans la deuxième moitié du XXème siècle vient confirmer cette triste conviction : nous voilà livrés à une réification totale de nos êtres devant le médecin, seul détenteur d’un savoir sans partage, dirigeant implacable de notre vie, voire de notre survie aux dépends de notre libre arbitre. On ne voit que trop où mène cette dépendance et son coût économique et social…

Faut-il reprocher au quidam qui n’y peut mais une telle conduite déresponsabilisante ? Bien sûr que non car, comme le dit Kant lui-même en évoquant la question du régime dans Qu’est-ce que les Lumières : « Il est si commode d’être sous tutelle. Si j’ai un livre qui a de l’entendement à ma place, un directeur de conscience qui a de la conscience à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime, etc., alors je n’ai pas moi-même à fournir d’efforts. »

Les quelques années qui nous séparent du XXème siècle nous mettent devant cette évidence : de plus en plus nombreux sont ceux dont les choix de vie dépendent avant tout de livres de recettes, de coachs, gourous et autres directeurs de conscience, du médecin qui sait mieux que quiconque ce qu’il convient de faire devant la maladie considérée comme une fatalité.

La culture du fatum en lieu et place de la connaissance n’est que ruine de la liberté de choisir en son âme et conscience…

Pour ne pas se réduire à ce fatum inexorable, Kant propose une médecine philosophique qui pose les prémisses d’une approche psychosomatique. C’est ce que Grégoire Chamayou résume d’une phrase : « est philosophique une médecine du corps qui passe par l’esprit, qui cherche à modifier l’état du corps par l’intermédiaire d’une modification de l’esprit. » Ici encore, le primat de l’esprit demeure. Nous pourrions pourtant penser à un renversement de paradigme, car pour penser et décrire une telle médecine, encore faut-il avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un bassin à poser sur une chaise, des mains pour saisir le papier et pour y inscrire en lettre noires le fond de cette pensée souveraine…

Ne tombons cependant pas dans la critique facile : Emmanuel Kant ne peut réfléchir hors des voies impulsées à sa pratique depuis déjà plusieurs siècles, et sans doute faudra-t-il attendre encore longtemps avant qu’une réflexion incluant le corps et l’esprit en un tout complexe non stratifié puisse voir le jour…

Reconnaissons toutefois la validité d’une observation pertinente lorsqu’il affirme qu’ « il n’y a pas d’action du mental sans mouvement du corps »… Même si notre pratique de la prise de conscience du corps en mouvement nous inviterait aussi à retourner la formule…

Ce n’est donc pas un hasard si ces écrits de Kant sont restés inédits jusqu’à cette année 2007. C’est un processus à long terme de réduction de la philosophie à un savoir théorique abstrait qui s’est engagé. Il faudra attendre ce tout début de XXIème siècle pour voir des philosophes, dont la réflexion s’enrichit de pratiques somatiques diverses, poser à nouveau la question d’une philosophie qui ne soit pas du seul domaine de la raison, mais qui puisse être et devenir une raison d’exister… C’est ce que Pierre Hadot[1], cité par Grégoire Chamayou  explique : « Dans la philosophie universitaire moderne, la philosophie n’est évidemment plus une manière de vivre, un genre de vie, à moins qu’elle ne soit le genre de vie du professeur de philosophie. […] La philosophie moderne est avant tout un discours que l’on développe dans les cours, que l’on consigne dans des livres, un texte dont on peut faire l’exégèse. »

Lorsque des philosophes modernes tels que Michel Foucault posent le problème d’une philosophie liée à une pratique somatique, prônent des exercices relevant de techniques de soi, ils « posent la question du sujet dans l’ordre de la pratique – non seulement « que faire ? », mais « que faire de moi-même ? » -, ils la posent en fonction de la loi, de l’assujettissement du sujet à l’ordre de la loi[2], et non plus en termes de transformation de soi par soi. »

Ces choix philosophiques d’assujettissement à l’ordre intangible imposé par la loi se trouvent donc de fait confondus en un acte culturel conditionnant nos pensées et nos comportements. Découvrir en Kant un précurseur d’une culture somatique permet d’envisager un renversement de paradigme dans les philosophies dominantes, préludes à une lecture de ce que Richard Shusterman nommera une soma esthétique fondée sur la conscience du corps. Mais avant lui, Nietzsche proposait déjà un tel renversement de perspective : « Pour le sort du peuple et de l’humanité, il est d’une importance décisive que la culture commence au bon endroit (et pas par l’âme, comme le voudrait la funeste superstition des prêtres et des demi prêtres) : le bon endroit, c’est le corps, la posture, le régime, la physiologie – et le reste suit de lui-même[3]… »

 

Mais, revenons donc encore à ces écrits qui renversent la vision que nous pouvions nous faire de Kant, et qui le posent en précurseur inconnu jusqu’ici d’une philosophie somatique qui soit non seulement une réflexion sur la prise de conscience de soi comme un tout incorporé, mais aussi une philosophie pratique qui nous engage dans un raffinement de la perception de soi comme être somatique (au sens d’un soma, médium entre soi et soi, mais aussi en lien avec son environnement).

 

C’est dans sa leçon sur l’âme de 1794, que Kant pose la présence du corps comme un préalable incontournable à toute approche philosophique du sujet. Il opère, dans le chapitre qu’il consacre à la nature de l’âme humaine, le renversement que nous appelions de nos vœux plus haut, en affirmant que « pour penser, nous avons certes assurément besoin d’organes corporels ». Belle entrée en matière dont il affine encore les nuances lorsqu’il constate que « toutes nos pensées s’accompagnent de mouvements corporels », rejetant l’âme dans une virtualité qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Considérant le commerce de l’âme et du corps dans l’intimité de l’être, il observe qu’ « il n’y a pas d’action du mental sans mouvement du corps. La psychologie est donc totalement incapable de connaître une action du mental sans influence du corps. » Une pierre dans le champ des thérapies qui durant le XXème siècle, ont construit leurs théories sur une négation, voire un refus du corps comme lieu d’expression et d’échange entre le sujet et lui-même, entre le sujet et son environnement.

Plus loin, traitant de l’immortalité de l’âme, Kant affirme que « le corps, loin de toujours entraver la pensée, lui est aussi parfois bien utile ». Pas de corps sans pensée, pas de pensée, sans corps, nous voici proches d’un renversement de théorie propre à nous engager vers une réflexion complexe sur la constitution de l’être, réflexion qui ne peut faire l’impasse d’une approche pragmatique de cette perception sensorielle de nous-mêmes dans notre incarnation.

De ce primat du sensoriel, il découle que, hors cette perception affirmée de soi comme entité objectivable dans une unité corporelle, il ne demeure aucune humanité possible : « Pour autant que nous le sachions, aucun homme ne peut ni vivre ou sentir, ni penser sans ses organes. »

Ambivalence d’une réalité perceptive de l’être, à la fois espace sensoriel vécu et objet de ses propres observations à travers sa propre perception de l’espace et de la réalité qui constitue son environnement proche : « Si la conscience de ma propre existence n’est possible que du fait qu’il y a quelque chose de persistant hors de moi, l’existence de ce persistant hors de moi est donc tout aussi nécessaire que la conscience de mon existence. » Je n’ai pas d’autre existence que la perception que je peux avoir de moi-même comme sujet persistant en lien avec des objets persistants dans mon environnement.

On trouve ici les prémisses de ce qui sera plus tard, chez Husserl, le début de la phénoménologie. Sinon que celle-ci occultera la réalité de l’espace corporel comme une partie indispensable de la perception des phénomènes tant internes qu’externes. Cet « oubli » de soi comme entité incontournable d’une phénoménologie de l’être réside peut-être aussi dans le long silence autour de ces quelques écrits kantiens, redécouverts aujourd’hui.

Car Kant sur ce sujet est on ne peut plus explicite : « Nos représentations internes présupposent toujours les représentations externes. » Je ne peux avoir une représentation interne de mon état corporel au contact du sol, qu’en référence à la sensation de mon propre poids au contact de ce dernier.

Traitant, dans un ultime paragraphe, du fatalisme, Kant revient sur les conditionnements qui sont le propre de notre humanité. Il reconnaît que la perspective pratique d’une philosophie dégagée des conceptions dogmatiques de la divinité est une idée qui le dépasse. Mais il constate que « les hommes ont un besoin de se hisser du conditionné à l’inconditionné. » Que cet inconditionné ait pu, durant quelques siècles, se révéler au travers d’un refuge hors de soi, dans des formes de spiritualité ou de pensées philosophiques n’impliquant pas la présence somatique, voire la niant dans des souffrances imposées au nom d’une libération de l’esprit, est une réalité qui, aujourd’hui encore, nous conditionne dans nos comportements. C’est ce conditionnement qui rend si difficile la propagation des pratiques d’éducation somatique car, par essence, elles prennent leur contre-pied exact.

C’est une question de liberté de choix : « Ici, l’homme s’élance au-delà du point où il a son siège, et auquel il aurait tout aussi bien pu se cantonner. »

 

Dans son Essai sur les maladies de la tête de 1764, Kant invite à changer là encore de paradigme. A un conditionnement sous la coupe de la raison qui prône la fin de toute sensibilité confondue avec la sensiblerie, il répond de manière péremptoire : « L’insensible est protégé de la déraison par sa stupidité ; mais aux yeux du commun des mortels, il fait figure de sage. »

Rompre avec le penchant à tout mettre sous cette coupe serrée est donc une des bases d’une philosophie considérée aussi comme un outil au service de la santé.

 

Plus loin, en 1790, dans un petit texte intitulé Du penchant à l’exaltation et de ses remèdes, Kant stigmatise l’attitude des médecins en ces termes : « Les médecins du corps ont ceci de semblable avec les médecins de l’âme qu’ils décrivent bien mieux les maladies qu’ils n’en saisissent l’origine ou qu’ils ne peuvent les guérir. » Belle invitation à la modestie que nombre de nos Dyafoirius modernes pourraient écouter avec bénéfice.

 

L’ouvrage se termine sur des traductions de textes de 1786 et 1798 que le traducteur a réunis sous un titre non équivoque : La maîtrise du corps, vers une diététique philosophique. C’est cet intitulé qui avait de prime abord attiré mon attention. Intitulé contestable en ceci qu’il ne semble pas que Kant ait ici cherché à accréditer l’idée d’une « maîtrise » du corps par sa proposition d’une diététique philosophique. Il s’agit plutôt d’affirmer la nécessité de concevoir celle-ci comme un outil vers une philosophie pratique, incluant une praxis de comportements visant, comme Juvénal déjà le prescrivait, à « prendre soin d’avoir un esprit sain dans un corps sain[4]. »

Il s’agit bien d’adopter une praxis philosophique capable d’engager celui qui l’expérimente dans une plus grande sagesse par la connaissance de soi.

Une première règle qui pourrait être à l’origine de nombre de pratiques somatiques actuelles : « puisque nous sommes astreints aux difficiles devoirs de la vie civile, mieux vaut cultiver notre jardin comme un loisir que comme un travail harassant. » Certains aujourd’hui parleraient, puisant aux sources orientales des pratiques somatiques, adopter une Zen attitude….

La proposition de Kant est une diététique en ceci qu’il entend aussi réglementer le rapport à la nourriture : « Le corps, chargé des excès de la veille alourdit l’âme et rive au sol cette parcelle du souffle divin. »

Allègement de la charge de travail afin d’en faire un agrément, allègement des apports alimentaire afin d’obtenir une plus grande aisance de mouvement, cette diététique philosophique n’est pas sans évoquer, même si ces préventions ne sont pas explicitement mentionnées, ce à quoi sont invités ceux qui fondent leur existence sur des pratiques somatiques méditatives.

Kant insiste lourdement pour que cette « discipline du corps (soit) donc proprement du ressort du philosophe, non pas en raison de sa connaissance du mécanisme du corps, mais plutôt en raison de son expérience du fait même de connaître. »

La connaissance implicite de cette discipline par les médecins se traduit parfois dans des procédés thérapeutiques mettant en jeu l’imagination du patient ou détournant son attention sur un autre objet. C’est cette capacité à prendre en compte la dimension sensorielle et imaginative du patient qui fonde l’efficacité même  des traitements prescrits (Kant écrit : « La confiance que les malades accordent à leur médecin augmente la force de ses remèdes, même pour le plus léger. »)

S’agirait-il de succomber à une sensiblerie, faudrait-il se tâter le pouls sans cesse au nom d’une telle diététique ? Que nenni : « Prendre soin de son corps ne veut pas dire être aux petits soins avec soi-même (toujours choyer son génie), éviter tout effort et tout désagrément, car c’est là le comportement d’un homme douillet et délicat, mais plutôt conserver intact et en bon état ce que la nature nous a pour ainsi dire confié en gage pour accomplir sa fin – ce qui implique de rester apte à toutes les occupations de la vie, et donc d’être capable de supporter les désagréments et d’endurer les efforts. »

Prendre soin de soi, non par excès de sensiblerie mais comme moyen de s’auto organiser face eux évènements de la vie, n’est-ce pas au fond ce qu’ont proposé des chercheurs comme Matthias Alexander ou Moshé Feldenkrais,  pour ne citer qu’eux ?

La diététique philosophique proposée par Emmanuel Kant, comme la pratique de la conscience du corps développée par Feldenkrais ou Alexander sont une porte d’entrée à un autre rapport à la santé, un rapport dynamique qui ne cantonne pas le sujet à une passivité soumise, mais l’invite à prendre conscience et à sentir ce qui peut contribuer à son maintien dans la voie d’une bonne santé. C’est cette dimension de la prise de conscience qui manquait à Kant lorsqu’il affirmait : « On peut se sentir en bonne santé (à en juger d’après l’agréable sentiment de la vie), sans jamais pourtant savoir si l’on est en bonne santé. » Une clef à ce dilemme réside dans cette introspection méticuleuse, ce contact intime avec soi proposé dans les techniques et méthodes développant une conscience du corps raffinée. 

 

Au total, contrairement à ce que nos conditionnements nous ont inculqués, demeure notre libre arbitre. Le conditionnement n’est pas un déterminisme, même si les apprentissages qui en résultent peuvent s’avérer déterminants.

Au fond, comme le dit si justement Kant : « Au commencement du monde, chaque homme a reçu une part de nourriture dont il disposera pour manger au cours de sa vie ; s’il divise en grosses rations la part qui lui revient, il mettra en fin de compte moins de temps à la manger, et il aura par conséquent d’autant moins de temps pour être. »

Appliquant sans doute ses disciplines sur lui-même, Kant meurt à l’âge de 79 ans, en 1804, le 12 février. Ses dernières paroles seront : « Es ist gut ! » (« C’est bien ! »). Il ne se doutait pas que ses écrits sur le corps et l’esprit contiendraient en filigranes ce que d’autres développerons plus tard sous le nom d’éducation somatique, avec les difficultés que l’on sait à faire passer leur message.

 

Xavier Lainé

Manosque, 30 décembre 2007



[1] Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, p.71.

[2] Michel Foucault, L’Herméneutique du sujet, p. 304-305.

[3] Nietzsche, Le crépuscule des idoles, Folio Gallimard.

[4] Juvénal, Satires, X.

Article publié dans la Revue de Psychologie de la motivation n° 41, Education et société, novembre 2006, suite logique du précédent intitulé "Pour une approche systémique de la santé" (déjà publié dans le n°39) de la même revue. Celle-ci peut-être achetée ou commandée en librairie, mais le plus simple est de la commander à Revue de Psychologie de la motivation, 83 avenue d'Italie 75013 Paris, à partir du bon de commande placé sur son site: http://psychomotivation.free.fr 

« La condition de l’harmonie, autant dire de la santé psychique, est la connaissance de soi. » Paul Diel.

« La meilleure des médecines est la prévention. Elle est liée à la nourriture et aux comportements habituels. » Dalaï Lama

 

On ne peut envisager de réfléchir à l’introduction d’une pensée systémique dans le domaine de la santé sans passer à la concrétisation de cette nouvelle manière de penser. Penser l’être autrement qu’en terme d’organes ou de pathologie implique d’élargir le champ de notre regard et de prendre en compte, chez le patient qui entre dans la salle d’attente, tous les éléments signifiants qui induisent plus ou moins la pathologie et les signes cliniques.

Regardant avec un peu plus de distance la personne, il devient alors facile de constater que dans beaucoup de situations ce qui sous-tend la difficulté se niche dans une somme répétée d’inconforts et de postures dont la rigidité peu à peu nous enferme, nous faisant oublier, sous la pression conjointe des nécessités économiques et sociales, que nous vivons comme des êtres incorporés, et qu’à force de tirer sur la corde, elle finit toujours tôt ou tard par casser.

Prendre de la distance, observer la globalité des problèmes nous incite alors à penser que bien des maux exprimés dans le silence de nos cabinets pourraient être avantageusement réduits. Il nous faudrait, en amont, savoir, ou pouvoir intervenir pour apprendre à nos patients qu’ils existent bien en tant qu’êtres incorporés. Il y a des signes avant-coureurs des malaises qui les assaillent. Savoir écouter ces signes n’est pas une perte de temps, mais au contraire un gain quant à la qualité de la vie que nous avons tous à traverser plus ou moins longtemps.

Un des moyens à notre disposition serait donc d’agir en amont des problèmes et d’apprendre, tous autant que nous sommes, à « gérer notre espace somato-psychique » afin d’en retirer la sensibilité nécessaire à un meilleur usage de nous-mêmes.

Accompagnement psychologique, yoga, gi’gong, Méthode Feldenkrais, Eutonie, sophrologie, etc., sont autant et non exhaustivement de moyens à disposition de chacun pour apprendre à gérer plus efficacement le quotidien. Le tout est d’avoir l’idée de s’en servir, ce qui demeure actuellement l’apanage d’une infime minorité. Réfléchir à la place de toutes ces techniques dans le domaine de la prévention est donc un des éléments essentiels d’une prise en compte systémique des problèmes de santé.

 

Qu’est-ce que l’éducation somatique ?

 

L’éducation somatique est un champ émergent apparu dans la deuxième moitié du XXème siècle mais dont les précurseurs avaient semé les jalons dès son début. Ce champ ne bénéficie, sauf à Montréal, d’aucune reconnaissance des milieux académiques et son enseignement, parfois abordé dans certains départements universitaires de danse, reste du domaine d’une démarche de découverte individuelle.

Historiquement, on peut noter l’influence qu’exerça Elsa Gindler à l’origine d’une réflexion sur le corps envisagé non seulement sous l’angle de son apparence charnelle, mécanique, mais comme un élément constitutif de la personne.

Dans ce domaine, Freud, Jung, Groddeck, Winnicott ont nourri de leurs réflexions une approche dite psychosomatique des signes cliniques : nous serions à la fois des êtres incorporés puisque l’expression de nos troubles s’exprime par des signes cliniques dans l’enceinte du corps, mais nous serions aussi des êtres se construisant une image d’eux-mêmes ; cette nécessité d’une image de soi, son absence ou sa présence seraient à l’origine des psychoses, névroses, paranoïa, hystéries, schizophrénies, etc.… Or, biologiquement, nous n’avons pas d’existence autre que dans le corps qui nous caractérise. Cette dimension de l’être « incorporé », abordée par Reich demeurait jusque dans les années 50 une dimension de pensée peu partagée : peu nombreux étaient ceux qui envisageaient le corps comme un espace vécu, même si cette dimension était objectivement comprise dans les recherches entreprises.

Vinrent alors Matthias Alexander, Gerda Alexander, Moshe Feldenkrais suivis dans les années 70 par Thérèse Bertherat, Marie-Lise Labonté, Bonnie Bainbridge Cohen et d’autres vraisemblablement que j’oublie (qu’ils veuillent bien m’en excuser), qui prirent non le contre-pied de ce qui fut fait avant eux, mais eurent l’idée de se pencher sur le vécu corporel comme terrain d’une expérience vécue au plus intime de l’être, marquant de son sceau le moindre de nos mouvements et influençant nos manières d’être, en présentant la traduction somatique de nos apprentissages de vie.

En quelque sorte, le corps garde la trace de notre histoire, il est la vitrine de ce que nous sommes en profondeur ; un des caractères du vivant étant le mouvement, observer et inviter chaque individu à observer sa propre manière d’entrer en mouvement est une porte d’entrée vers une plus grande compréhension de soi, et donc vers des modifications comportementales favorisant une autre économie, libérant l’être d’un certain nombre de ses conditionnements.

Sur le plan de la pédagogie, les fondateurs de ces courants s’appuyèrent sur les thèses de Jean Piaget, et parièrent avant l’heure sur une plasticité neuronale dont la révélation bouscule le paysage de la neurophysiologie depuis peu. Dès les années 80, les liens avec le développement des sciences cognitives et comportementales, éclairés par les découvertes de la neurophysiologie, se sont approfondis, délaissant momentanément le terrain des connaissances introspectives et psychanalytiques. Cette limitation de la réflexion n’est sans doute qu’un passage obligé pour une profession encore jeune et qui a besoin de faire ses preuves, y compris en favorisant son regroupement au sein d’une autorité capable de se faire reconnaître par les milieux officiels.

Sous cet angle, les réflexions de Paul Diel auraient sans doute elles aussi une place importante à tenir, tant par l’apport de ses thèses sur la symbolisation, et la nécessaire introspection qui l’ont mené à réfléchir à la médecine et approcher l’être sous l’angle d’une systémique, d’une complexité indispensable à la conceptualisation du vivant.

Ce champ émergent récent est donc une ouverture tant pour les techniques psychanalytiques et psychothérapeutiques que pour la médecine et pour alimenter la réflexion sur une politique de prévention qui sorte des campagnes tapageuses pour entrer dans la profondeur de l’être.

 

L’introspection somatique : base de la découverte de soi

 

Partons si vous le voulez bien d’une expérience concrète. Observez dans un premier temps la manière dont vous vous êtes assis pour me lire. Avez-vous la pleine conscience de ce sur quoi vous êtes assis ? Une chaise ou un canapé, ou peut-être devant votre table de travail. D’accord, mais quelle perception avez-vous de votre état corporel, de la manière dont vous avez posé vos pieds sur le sol, de la partie de votre bassin qui prend contact avec votre siège, de la forme de la colonne vertébrale, de la position de vos bras et de votre tête ? Loin de moi l’idée de vous imposer cette perception constante de l’état de votre squelette qui tournerait à l’obsession, et viendrait certainement parasiter votre lecture et la rendrait insupportable.

Alors lisez un instant les consignes suivantes, puis lâchez votre revue et appliquez celles-ci avec lenteur, dans l’idée de percevoir en vous le processus du mouvement demandé, plus que le mouvement lui-même. Vous êtes prêts ? Posez donc votre revue et avancez un peu vos pieds, un peu plus en avant que l’aplomb de vos genoux : qu’est-ce que cette proposition change quant à la position de votre bassin et à la forme de votre colonne ? Reculez légèrement vos pieds en arrière de l’aplomb de vos genoux et faites les mêmes constatations.

Maintenant très lentement commencez à porter votre regard vers en haut, puis vers en bas : quelles modifications de forme pouvez-vous ressentir dans votre colonne vertébrale, où vont vos appuis au niveau du bassin, quelle orientation prennent vos genoux, en dehors, en dedans ? Laissez un instant cette observation et reposez-vous, tout en restant attentif à ce qui traverse votre esprit, les perceptions sensorielles qui montent de votre corps. Portez ensuite votre attention à votre bassin et commencez à rouler doucement celui-ci en avant et en arrière et observez le mouvement induit au niveau des genoux, les modifications apportées à l’appui de vos pieds, à la forme de votre colonne. Répétez quelques fois cette expérience et reposez-vous, notez vos besoins de changer quelque chose dans votre installation pour reprendre votre lecture.

Reprenons donc le cours de notre histoire. Moshé Feldenkrais disait : « Vous ne pouvez rien faire si vous ne savez pas ce que vous faites ». Ailleurs il ajoutait que ce qui lui importait c’était moins la souplesse des corps que celle des esprits. Il ne fut pas le seul en ces temps récents de la première moitié du XXème siècle à se préoccuper de cette connaissance de soi. Il y eut Freud bien sûr et toute les écoles psychanalytiques, accompagnés de la kyrielle d’écoles de psychothérapies, nourries des découvertes freudiennes, et de celles de la neurophysiologie et des sciences cognitives. Toutes relevaient d’une introspection visant à une meilleure connaissance de soi, mais dans presque toutes demeurait le tabou du corps et du toucher.

« Vivre c’est sentir. Sentir c’est osciller entre un état d’insatisfaction et un état de satisfaction. Ces états opposés se manifestent au niveau humain sous la forme de sentiments clairement différenciés : angoisse et joie » ; écrivait Paul Diel (1). Partant de l’expérience de la sensation deux voies s’offrent à notre perspective : la voie de l’analyse et de la pensée ; celle de l’étude précise des états corporels qui accompagnent nos états d’être. L’une et l’autre loin de s’exclurent pourraient être envisagées comme autant d’apport à l’élévation du niveau de conscience permettant l’accès à un état qui pourrait s’approcher de l’idée de bien-être, non réduit à son apparence : « mens sana in corpore sano », mais bien à cet état de bien  « être » qui caractérise l’individuation et la capacité à s’affirmer à la fois dans son indépendance et dans son appartenance à une collectivité humaine.

 

Intervention pour une prévention au sens large

 

Poursuivons si vous le voulez bien notre expérience pratique. Levez un instant les yeux de votre lecture, et fermez les. Portez attention à leur emplacement, la sensation que vous avez de leur volume dans l’orbite. Peut-être allez vous percevoir une différence entre l’œil droit et le gauche : présence différente dans le champ de votre attention, perception différente de leur volume, de la pression exercée derrière la paupière. Portez attention plus particulièrement sur votre œil droit et déplacez le vers la droite, vers votre oreille droite et ramenez le au centre quelques fois. Puis amenez le à droite et déplacez le à partir de cet endroit vers le bas et vers le haut, en décrivant le bord externe de votre orbite. Procédez avec lenteur et sans forcer. Sentez la nature de ce mouvement : se fait-il avec aisance ou difficulté, avec saccades ou fluidité ? Que fait votre tête pendant que vous concentrez votre attention sur le mouvement de votre œil droit ? Que fait l’œil gauche ? Pouvez-vous mettre à la fois dans le champ de votre attention l’œil gauche alors que vous êtes concentrés pour réaliser le mouvement du droit ? Laissez ce mouvement, ramenez vos yeux au centre et doucement ouvrez-les pour reprendre contact avec votre environnement familier, puis revenez à votre lecture : quelle perception de l’espace qui vous entoure, quel regard portez-vous maintenant sur l’ouvrage ouvert devant vous ?

Je plaide ici pour une conception de la prévention au sens large. Lorsque ce sujet est abordé dans des réunions officielles, la réponse la plus courante est celle-ci : mais nous nous occupons de prévention ; nous avons fait une campagne contre le tabac, pour la prévention du cancer du sein, contre le sida et pour l’usage du préservatif, contre l’abus du sucre dans l’alimentation, etc.… Et il nous faut bien applaudir à ces campagnes médiatiques qui ouvrent les yeux de nos contemporains sur quelques un de leurs modes de comportement nuisibles à leur santé. La campagne passée, chacun retourne à ses habitudes en ayant bien vite oublié le sujet.

Ceci n’était qu’une manière de laisser le temps à vos sensations de cheminer. Peut-être, au fil de ces quelques lignes aurez-vous éprouvé le besoin de changer quelque chose dans votre manière de vous asseoir, ou à la luminosité de la pièce dans laquelle vous me lisez. Je n’affirmerai pas que ces changements aient été rendus nécessaires par l’exercice de tout à l’heure, mais il y a bien des chances que votre attention se soit éveillée à des éléments auxquels vous ne portiez pas attention précédemment.

Nous le savons, on peut toujours expliquer à des personnels hospitaliers la « bonne » manière de s’y prendre pour soulever les patients dans leur lit, on peut y consacrer des stages et des « écoles du dos », on découvrira avec stupéfaction que peu de temps après la campagne, les gestes sont bien souvent oubliés, inappliqués. La raison essentielle en est à mon sens  que l’enseignement a porté sur des éléments théoriques, certes justifiés, mais n’a pas éveillé l’attention et la conscience à la portée des gestes effectués quotidiennement. On a agit sur l’enveloppe et non sur le contenu. Cette expérience peut-être étendue à d’autres entreprises qui ont modifié leurs machines, favorisé des modifications de poste de travail sans pour autant réduire les accidents. Cédric et Alain Golfier, Kinésithérapeutes et praticiens Feldenkrais, mènent cette expérience depuis vingt ans dans le domaine de la prévention des Troubles Musculo-squelettiques (TMS): ils observent le poste de travail, les gestes, puis proposent aux salariés concernés quelque séances de mouvements éveillant la curiosité sur eux-mêmes. Bien sûr, leur travail est plus cher que d’autres interventions plus ponctuelles et nécessite de prendre plus de temps, d’organiser un suivi. Mais dans leur expérience, ils notent une nette réduction du nombre d’accidents du travail à partir de ce vécu, et surtout, analysant les questionnaires d’évaluation remis aux stagiaires, ils notent : « Les participants comprennent mieux ce qui leur arrive. […] Ils perçoivent ce qui les a blessé, savent améliorer leur gestuelle et peuvent mettre en place des outils concrets. Ils deviennent acteurs. » (2)

Si nous créons les conditions d’une réelle introspection, passant en revue nos gestes et nos comportements, nos habitus et nos modes de vie, quelque chose peut changer qui influerait sur notre attention, changerait notre rapport à la santé, nous mènerait à prendre en compte nos manières d’être et à les modifier afin d’être en plus grande adéquation avec nos besoins réels. Une prévention au sens large, tenant compte de la réalité du vivant et de sa diversité, peut conduire chacun à considérer sa propre responsabilité dans le maintien de sa santé.

 

La prévention : un acte de conscience individuelle à encourager

 

Il ne s’agit pas ici de considérer l’éducation somatique comme la seule à devoir être encouragée en tant que pratique visant à une prévention au sens large. Pour nous en effet, et comme je l’ai déjà écrit précédemment (3), la notion de santé doit être sortie du domaine restrictif du soin pour être envisagée comme l’état à entretenir pour éviter d’y avoir recours. Encore une fois, il ne s’agit pas de considérer qu’une démarche consciente préventive évitera toutes les pathologies, mais de mon expérience concrète, je tire l’enseignement que bien des difficultés, bien des « accidents de la vie » pourraient être évités si nous savions apprendre à nos contemporains quelques règles élémentaires de « bien vivre avec soi ».

Concevoir concrètement un changement de paradigme dans le domaine de la santé, nécessite aussi de réhabiliter l’idée même de santé publique, au-delà de la seule prévention de troubles organiques tels que le cancer, le sida, la mucoviscidose, les maladies cardio-vasculaires, etc. Non que je dénigre ces préventions mais il me semble urgent d’encourager, financièrement, nos contemporains à s’occuper d’eux avant que la médecine ne le fasse sous la contrainte des signes cliniques.

On le voit bien, le fameux « trou » de la sécurité sociale, cette hydre contemporaine qui ressuscite régulièrement et se ris de toutes les mesures mises en place, est un problème suffisamment prégnant sur le budget des ménages pour que nous envisagions de changer ici encore notre manière de voir. Il faut enfin regarder plus loin que l’économisme immédiat, envisager la santé comme un investissement à réaliser et non une charge pour notre société.

Remplacer le mot coût par investissement change déjà la nature du discours. Il devient alors possible d’envisager les démarches d’enseignement comme des éléments indispensables d’une véritable politique de santé publique, visant à rendre chaque citoyen responsable de sa propre vie. Une mesure simple permettrait de mettre la démarche au cœur des préoccupations contemporaines : si chaque assuré social bénéficiait d’une somme forfaitaire annuelle visant à participer à de stages de formation en développement personnel, en hygiène alimentaire, en prise de conscience de son existence incorporée, en hygiène de l’habitat et du travail, en développement de l’enfant et découverte des besoins essentiels de ceux-ci, pourrait-on imaginer que personne ne s’investirait dans de telles démarches ? Et si les assurés ne profitaient pas de cette disposition, et que les sommes non utilisées soient mutualisées pour permettre à ceux qui auront su saisir cette opportunité de renforcer leur savoir, d’approfondir leur recherche, verrait-on encore beaucoup de monde attendre passivement que le médecin, le soignant qu’il soit kinésithérapeute, infirmier, psychiatre, ou autre, rétablisse le lien avec lui-même qu'il n’aura pas su entretenir ?

Utopie ? Rêve ? Sans doute, car pour avancer sur ce terrain, et n’étant pas économiste, il est bien vraisemblable que trop de paradigmes se doivent d’être changés, et qu’un travail de fourmi sur le terrain est encore nécessaire pour décoller le nez du guidon et regarder l’avenir autrement qu’avec des lunettes opaques.

 

Savoir prévenir…

 

Le mur contre lequel nous butons est un mur mis au-devant de nos consciences. Quelle que soit notre place, que faisons nous pour que quelque chose bouge ou change ? Nous prenons nos plumes, nous écrivons, nous enseignons, et toujours nous butons sur l’obstacle : une minorité saisit les opportunités et agit pour elle-même, cherchant à améliorer son appréhension de l’existence. Sommes-nous voués à demeurer cette minorité consciente ? Ou nous faut-il travailler à étendre le champ des compétences, soucieux et informés du fait que l’humanité n’a jamais progressé par l’ignorance, mais, au contraire, que chaque étape de son développement s’est fait sur la base de nouvelles connaissances, de prises de conscience de plus en plus précises de la responsabilité d’être humains. Travailler à l’extension du domaine de la prévention, sortir l’ouvrage des visées réductrices pour en faire un outil au service d’une plus grande humanisation du monde et des êtres ; sortir du rêve et voir l’ignorance reculer, voilà qui aurait de quoi nous enthousiasmer si…..

 

Manosque le 28 octobre 2005

Xavier Lainé

Kinésithérapeute DE

Praticien Feldenkrais certifié

 

(1)    Paul Diel, La peur et l’angoisse, Petite Bibliothèque Payot, 2004.

(2)    Cédric Golfier, Gestuel Santé et la prévention des TMS dans le milieu du travail : améliorer l’organisation gestuelle de la personne, Le Bulletin Feldenkrais France n°52, octobre 2005.

(3)    Xavier Lainé, Pour une approche systémique de la santé, Revue de psychologie de la motivation n°39, juillet 2005

 

 

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Stage Feldenkrais et randonnée

4 au 11 juillet 2009 (inscriptions avant fin janvier 2009)

VVF de Ceillac (05600)

Renseignements et inscription stages et hébergement:

Xavier Lainé, Praticien Feldenkrais,

94 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny 04100 Manosque

tel 0492725481

Une semaine en plein coeur du massif du Queyras, pays préservé et authentique de haute montagne. Une occasion de découvrir une montagne sublime et de partir à la rencontre de soi par la pratique quotidienne de leçons de Prise de conscience par le mouvement ®

Thème: De la prise de conscience de soi à la prise de contact avec l’environnement, découvrir ce qui vibre en nous dès notre mise en mouvement, ce qui nous touche lors de notre immersion dans le monde naturel. Un atelier ouvert à tout adulte qui souhaite s’engager dans une perspective de développement personnel et d’exploration de l’écologie de la personne en lien avec l’environnement.

 

Intervenant: Xavier Lainé, praticien Feldenkrais

 

Lieu: VVF, 05600  Ceillac

 

Hébergement sur place (réservation avant le 21 janvier pour bénéficier du tarif groupe), DUREE:  8 jours/ 7 nuits; FORMULE  demi-pension réservation par versement auprès de l’organisateur d’un chèque de 100.00€ d’arrhes):

- Formule DEMI-PENSION Base 2 personnes par logement : 315,00 € par personne

- Formule DEMI-PENSION Base 3 personnes par logement : 283,50 € par personne

- Formule DEMI-PENSION Base 4 personnes par logement : 269,50 € par personne

Réductions enfants :

                 Enfants de 11 à 15 ans :  -10% du tarif adulte

                 Enfants de 4 à 10 ans :....-20% du tarif adulte

                 Enfants de 2 à 3 ans :......-40% du tarif adulte

                 Enfants – 2 ans : ...........   gratuit non nourri

Ce prix comprend : l'hébergement en appartements; linge de toilette, draps fournis, lits faits à l'arrivée; la demi-pension, vin inclus aux dîners (sauf les cafés), du dîner du 1er jour au petit du dernier jour; l'animation en soirée au Villagedéjeuner

Il faut prévoir en supplément : la taxe de séjour (tarif 2006) : 0,30 euro par jour et par personne.  

Prestations non comprises :  le transport, les assurances, l’entretien quotidien des chambres           

Prix: 250€ le stage (50€ d’arrhes à l’inscription, remboursés en cas d'annulation par l’organisateur un mois avant le début de la session), 14 heures de pratique prévues sur la semaine.

Pour se rendre à Ceillas:  Sur l’axe routier Embrun Briançon, aux abords de Montdauphin, prendre la route qui remonte la vallée du Guil en passant par Guillestre, remonter les gorges du Guil, prendre à droite la route de Ceillac, traverser le village.

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Bon de reservation à renvoyer à Xavier Lainé, 94 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny 04100 Manosque.

 

Je soussigné, nom:                                                            prénom:

Adresse:                                                                                 Tel:                                             Courriel: